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Les Catacombes de Paris

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Les Catacombes de Paris 

Imaginez que votre quotidien cache un tout autre univers, invisible mais bien présent… que sous les rues que vous empruntez chaque jour, un autre monde se déploie, tout proche mais inconnu… Impensable ? Pourtant, c’est une réalité pour de nombreux Parisiens, qui vivent, habitent ou travaillent, souvent sans s’en douter, au-dessus des catacombes, ce vaste réseau souterrain qui s’étend vingt mètres sous la capitale. KissCity vous emmène à la découverte de ce continent englouti.

Malgré leur nom, les catacombes n’ont pas grand-chose à voir avec un cimetière… Leur origine n’en est pas moins inquiétante pour autant ! Dès l’époque gallo-romaine, le sous-sol des campagnes avoisinant Paris a fait l’objet d’une intense exploitation : c’était là qu’on allait chercher la pierre dont la cité avait besoin. Avec le temps, la ville a pris de plus en plus d’ampleur, les anciens villages ont été intégrés, la capitale s’est alors progressivement édifiée sur ces anciennes carrières. Toutefois, des effondrements meurtriers se multiplièrent, si bien qu’à la fin du XVIIIe siècle, Louis XVI décida la création d’un service chargé de recenser et de consolider ces vides, l’Inspection des carrières. « À ce titre le premier Inspecteur des carrières, Charles-Axel Guillaumot, a véritablement sauvé Paris ! Ce que rappelle depuis octobre 2017 une esplanade à son nom, tout près de la place Denfert-Rochereau » nous explique Gilles Thomas, spécialiste des sous-sols de la capitale et notamment auteur de l’Atlas du Paris souterrain.

Qu’on se rassure donc ! Grâce à Guillaumot et ses successeurs, qui ont fait construire des massifs de maçonneries pour servir de fondations profondes à la ville, le sol de la capitale est stabilisé. Ces travaux, qui durèrent sans interruption jusqu’au début du XXe siècle, permirent d’interconnecter des exploitations souterraines auparavant indépendantes. Les catacombes étaient nées. Mais pourquoi un tel nom pour désigner des vides de carrières et des galeries d’inspection ? C’est qu’une infime portion (environ un 700e) de ces souterrains a été utilisée comme ossuaire. Cet aménagement mondialement célèbre a tellement frappé les esprits que son nom en est venu à désigner l’ensemble du réseau qui l’abrite. C’est d’ailleurs une des seules parties officiellement accessibles au public.

Le reste de ces galeries souterraines n’en est pas désert pour autant. Il est le terrain de jeu des cataphiles, les adeptes de cette face obscure de la capitale. S’il a reçu un écho médiatique important – et parfois fantaisiste – à partir des années 1980, le phénomène est en réalité très ancien, probablement aussi vieux que les carrières elles-mêmes. Un ouvrage récemment paru d’Aurélien Noyelle, Sous Paris, dévoile une population hétéroclite aux activités très variées. Les organisateurs de fêtes clandestines côtoient les amateurs d’histoire qui y retrouvent le témoignage d’un Paris disparu. Des artistes s’y consacrent à la peinture de grandes fresques murales, certains s’enthousiasment pour la photographie ou la cartographie souterraine. D’autres encore s’adonnent à de longues balades solitaires ou partent explorer chaque recoin du réseau… Plutôt qu’à la diversité des pratiques et des motivations individuelles, sans doute faut-il davantage s’intéresser à leur dénominateur commun : la volonté de les effectuer dans ce cadre si particulier. Chacun apprécie cette parenthèse hors du temps et du monde, loin de l’agitation urbaine de la surface et du quotidien.

Les cataphiles forment une véritable société, avec ses propres codes (notamment l’usage de pseudonymes), son vocabulaire et sa culture autonome. Et même une contre-société, tant celle-ci se définit en opposition par rapport à la surface. Un espace de liberté, d’égalité et de mixité sociale, où chacun se mêle indépendamment de sa condition « au-dessus », animé de la même passion ; tel est l’idéal qu’ils revendiquent. Archétype de ce fonctionnement désintéressé, la vie souterraine de la capitale est rythmée par les réalisations bénévoles au profit de la communauté. On peut ainsi citer ces superbes salles aménagées au sein du réseau, dont les visiteurs ignorent souvent le nom même de celui qui les a créées…

Quelques hauts lieux des catacombes 

D’une longueur totale estimée à plus de 250 kilomètres (une surface de 770 hectares soit 1/10e de la ville), les catacombes de Paris renferment d’innombrables curiosités. Parmi les plus célèbres :

  • La tombe de Philibert Aspairt. Partant pour une simple promenade dans les catacombes, Philibert s’est perdu et y est mort. Retrouvé onze ans plus tard, il fut inhumé sur place.
  • l’abri allemand (parfois dit le Bunker). Situé sous le lycée Montaigne, cet abri destiné à la Luftwaffe fut le théâtre de nombreuses fêtes dans les années 2000. On peut encore lire des inscriptions en allemand sur ses murs.
  • le Cellier. Des copies de tableaux célèbres (dont la Source d’Ingres) décorent les murs de cette ancienne brasserie. Certaines sont malheureusement aujourd’hui très endommagées, dégradées par des visiteurs irrespectueux.
  • la Plage. Une ancienne brasserie également, dont le sol est recouvert de sable. Sans doute une des salles les plus célèbres des catacombes, elle abrite une reproduction de la Grande vague au large de Kanagawa du peintre Hokusaï, filmée à de multiples reprises par des télévisions japonaises.
  • La salle Z : Une vaste salle emblématique des catacombes, connue pour avoir accueilli de nombreuses fêtes depuis les années 80’s.
  • Le Château. Une construction érigée par un cataphile (Gégé) il y a presque 20 ans. Cette salle, incontournable, est souvent la première étape d’une visite « touristique ». C’est là qu’on fait connaissance et que les histoires se racontent.
  • La Salle des banquets ou salle « Sarco ». Elle tient son nom d’une longue table centrale dont la première version était en forme de sarcophage. Remaniée de fond et comble par Pascaloup (décédé cette année) pendant 5 années. Un travail remarquable et d’une grande qualité.
  • L’Escalier Mansart. Escalier du Val-de-Grâce, par lequel est descendu Philibert Aspairt en 1793. Rare escalier droit menant aux carrières. Il doit son nom aux travaux de consolidation du Val-de-Grâce effectués par l’architecte Mansart au 17e siècle. En 1988, il a fait l’objet d’un classement aux monuments historiques.
  • La Fontaine des Chartreux. Un magnifique ensemble composé d’un bassin, d’un escalier et d’une échelle d’étiage. Ouvrage d’Héricart de Thury en 1819.

 

Un arrêté préfectoral du 2 novembre 1955 interdit la circulation dans les carrières de la capitale sans autorisation. Plutôt que de tenter le diable, la rédaction de Kiss City vous propose de poursuivre la visite à travers quelques livres :

Atlas du Paris souterrain. La doublure sombre de la Ville lumière, sous la direction d’Alain Clément et Gilles Thomas (Parigramme 2001, réédition 2016) ;

Les Catacombes de Paris. Promenade interdite, par Gaspard Duval (Volum, 2011) ;

Les Catacombes. Histoire du Paris souterrain, par Gilles Thomas (Le Passage, 2015) ;

Sous Paris, par Aurélien Noyelle (Lemieux éditeur, 2017).

 

Shooting photo : Carrière médiévale des Capucins

Remerciements à Gaspard Duval pour ses superbes photos
https://fr-fr.facebook.com/Catacombes.Interdites/

Remerciements à l’association SEADACC
http://www.seadacc.com/