Visite du Musée Gallo-Romain à Vienne
La culture Gallo-Romaine à Vienne
Saviez-vous que la police scientifique s’inspire du travail des archéologues de Vienne pour résoudre des enquêtes policières ? Dans ce premier épisode consacré à la découverte de la ville de Vienne, je vous emmène dans le musée Gallo-Romain de Saint-Romain-en-Gal. Retour au 1ᵉʳ et 3ᵉ siècle après J.-C. !
Par Estelle GUEÏ
Une architecture innovante
À l’heure où j’écris cet article sur l’ancienne « petite Rome aux cinq collines », seulement 50 % des fouilles ont été effectuées sur le site archéologique de Saint-Romain-en-Gal. Situé dans le prolongement du pont traversant le Rhône, le musée Gallo-Romain s’étend sur une superficie de 12 000 m², répartis sur 3 niveaux. A l’extérieur, les visiteurs peuvent admirer 7 hectares de vestiges de l’ancienne cité romaine.

C’est parti pour la Visite du musée Gallo-Romain Saint-Romain-en-Gal, à Vienne, prés de Lyon, dans l’Isère. Épisode 1/3 !
D’entrée de jeu, le site force l’admiration de la passionnée de culture et d’architecture que je suis !
Accompagnée de l’une des Chargées de communication de l’Office du tourisme de Vienne, Alexia, nous attendons l’arrivée du Médiateur culturel, qui sera notre guide personnel. Je suis impatiente de découvrir cette visite privatisée dédiée à l’archéologie !
En attendant, j’observe les vastes baies vitrées, mezzanines, open spaces, structures métalliques, alliant jeux de perspectives et prouesses techniques. Le bâtiment respire la modernité et invite à la découverte.
- Visite du musée Gallo-Romain Saint-Romain-en-Gal
- Alexia m’accompagne dans la visite du musée à Vienne, en Isère pour découvrir le patrimoine
Dans ce musée hors du temps, où la lumière et les volumes sont rois, tout semble être orchestré pour laisser place à l’imaginaire de l’art de vivre gallo-romain
En effet, outre l’architecture, l’originalité du musée réside aussi dans la création de scénographies réalisées comme au cinéma. Chaque objet, tableau, sculpture, tapisserie ou mosaïque, sont remis en situation, afin que le spectateur puisse franchir les couloirs du temps et s’immerger dans une autre civilisation.
Le site archéologique antique a été découvert par hasard en 1967, dans le cadre d’une opération immobilière. Suite à cette découverte majeure, l’État rachète les terrains au constructeur pour créer un musée. Classé depuis 1983 au titre des monuments historiques et « Musée de France », aujourd’hui le musée Gallo-Romain Saint-Romain-En-Gal est géré par le Conseil départemental du Rhône.

Mosaïque en restauration datant du premier siècle après J.-C
Par la suite, j’apprendrai que l’architecture résolument contemporaine et innovante du musée a tout spécialement été étudiée pour la recherche scientifique collective, afin de conserver les objets anciens.
Alors quoi de mieux pour remonter le temps, que d’être guidée par un expert en archéologie ?
Cela tombe bien, car Alexia et moi voyons enfin arriver au loin, une silhouette élancée et athlétique, affublée d’une chemise et d’un jean, tenant sous son bras un large portfolio noir. Allant à notre rencontre, les yeux noisette et la mèche brune rebelle, l’inconnu nous adresse un sourire timide, tout en nous tendant une main ferme.
Passionné par l’histoire gallo-romaine et la ville de Vienne, Jérôme FARGE, Médiateur culturel du musée, se présente chaleureusement avant de nous entraîner dans l’atelier de restauration des mosaïques. Un vaste espace inaccessible au grand public, sauf lors des Journées du Patrimoine.

Jérôme FARGE, Médiateur culturel du musée, nous guide dans la visite du musée Gallo-Romain de Saint-Romain-en-Gal, à Vienne, prés de Lyon
Un atelier de restauration des mosaïques de 800 m²
L’atelier de restauration des mosaïques antiques, est unique en France, voire dans le monde. Il dispose d’une technologie de pointe pour sauver les mosaïques romaines retrouvées lors des fouilles depuis les années 60’s.
Aussi, le musée Gallo-Romain Saint-Romain-En-Gal dispose de la plus grosse collection de mosaïques gallo-romaines et de fresques, datant du 1ᵉʳ et 2ᵉ siècle après J.-C.
Ici, les archéologues restaurent aussi bien les pièces monumentales, comme d’anciennes fresques murales ou des dalles, servant à orner les sols et les murs des riches demeures romaines. Jérôme nous montre alors des minuscules pierres de couleurs bleues, vertes, et grises, appelées des tesselles, ayant plus de 2000 ans d’âge… À leur contact, je frissonne…
Tenir dans ma paume ces fragments de pierres taillées en cubes et pâtes de verre me rappelle la finitude de l’Homme et l’immensité de l’Univers
Ces fragments de pierres taillées en formes de cubes, appelées des tesselles, ont plus de 2000 ans d’âge !
Aimant partager ses connaissances, Jérôme nous confie que l’équipe d’archéologues réfléchit sur un système innovant permettant de transporter facilement les mosaïques sans les abimer. Car depuis le XIXᵉ siècle, les mosaïques sont protégées lors des déplacements par une sorte de béton armé ou béton ferraillé, pesant près de 135 kg par mètre carré… L’équipe de chercheurs expérimente ainsi l’usage des panneaux en aluminium, composés de nids d’abeilles, pour réduire le poids du système de protection à 25 kg le mètre carré.

L’archéologue doit refaire la chronologie de la construction et étudier l’histoire de la pierre
Face à notre étonnement, Jérôme sourit et attise notre curiosité avant d’entamer la suite de la visite : « Vous allez comprendre pourquoi l’archéologie, c’est comme mener une enquête policière. Car l’archéologue doit refaire la chronologie de la construction, étudier l’histoire, décoder la structure et comprendre la matière ! »

L’archéologie, c’est comme mener une enquête policière : car l’archéologue doit refaire la chronologie de la construction, étudier l’histoire, décoder la structure et comprendre la matière !
Comment vivaient les Gallo-Romains au Iᵉʳ et IVᵉ siècle avant notre ère ?
La suite de la visite s’effectuera en extérieur pour répondre à cette question. Devant nous se dresse un majestueux paysage de verdure et de vestiges en pierre. Après quelques minutes de marche, Jérôme nous installe sur un long muret contenant des dizaines de trous. Nous comprenons soudain que nous sommes assises sur des latrines…

Essayons de comprendre l’art de vivre gallo-romain entre le Iᵉʳ et le IVᵉ siècle après Jésus-Christ !
Devançant notre mouvement de recul, Jérôme nous incite tout d’abord à ne pas tomber dans le piège du jugement et de la critique :
« On ne doit ni juger, ni critiquer des sociétés ou des individus. Le regard doit rester humble et scientifique pour comprendre l’époque. Le jugement étrique la pensée et nous éloigne de la vérité »
On ne doit ni juger, ni critiquer les sociétés et les individus, pour comprendre leur histoire et les rouages de l’époque
Un pas de côté nécessaire, pour mieux percer le mystère des vestiges retrouvés des siècles plus tard. Cette prise de recul est également indispensable pour comprendre la manière de vivre des Gaulois allobroges (tribu vivant à Vienne à l’époque Gallo-Romaine).
Par exemple, Jérôme m’explique qu’effectivement les Romains se restauraient en positions allongées ou semi-couchées, en se calant contre des coussins. Cette posture particulière était essentiellement utilisée par les édiles. Les repas étaient servis par des esclaves et des musiciens les agrémentaient. Ce rituel favorisait ainsi une forme d’entre-soi et un art de vivre où le dieu romain du vin, Bacchus, était très présent, comme en témoignent nombre de mosaïques et d’objets.
Autre subtilité de l’époque, les thermes romains étaient l’équivalent des réseaux sociaux !
Les thermes permettaient de converser avec des voyageurs du monde entier, comme aujourd’hui les réseaux sociaux
Car avant l’ère des outils de communication et des moyens de transport modernes, les thermes (sortes de lieux de bain) permettaient à tous les habitants de Vienne sans exception, riches ou pauvres, de se tenir informés de ce qui se passait à Vienne, dans le reste de la Gaule et aussi à l’international. Peu coûteux, les thermes permettaient de converser avec des voyageurs du monde entier, de nouer des contacts intéressants entre individus issus de différentes catégories sociales, susceptibles de leur apporter des affaires, d’apprendre des news ou de se divertir.
Amis, collègues, confrères, ou simples visiteurs de passage, se retrouvaient et échangeaient dans les thermes de Vienne !
Dans ces thermes, il était courant d’y rencontrer des commerçants, des notables, des édiles ou des courtisanes, qui se détendaient le corps (et l’esprit) dans les bains à vapeur, se faisaient masser ou se baignaient.
A cette époque, les habitants de Vienne, qui avaient adopté l’art de vivre romain, entretenaient le culte du corps en le conservant athlétique, robuste, agile et ferme. Pour cela, ils se rendaient régulièrement aux thermes.

Les habitants de Vienne, qui avaient adopté l’art de vivre romain, entretenaient le culte du corps en le conservant athlétique, robuste, agile et ferme, en se rendant aux thermes
Jérôme a l’art et la manière de nous faire vivre les lieux, avec professionnalisme et humour :
« Vous comprenez pourquoi maintenant il était fréquent que des affaires se fassent même dans les latrines, puisque les gens parlaient, communiquaient entre eux. D’où l’analogie avec les réseaux sociaux qui pour certains remplacent la parole… »
Notre guide nous emmène à l’intérieur du musée, dans un autre lieu de socialisation : la maison. Les maisons les plus riches sont nommées domus, sortes de demeures particulières inspirées de l’art de vivre romain, puisque la Gaule était sous l’influence de Rome.

Représentation de Césarion, fils de Cléopâtre VII et, probablement, de Jules César
Certaines domus pouvaient contenir une superficie allant jusqu’à 3 000 m². Les esclaves vivaient dans des dépendances, tandis que les membres de la famille résidaient dans les domus.
Jérôme nous explique ensuite la subtilité des différentes castes sociales de la Vienne antique, alors trois fois plus grande que Pompéi et qui comptait 30 000 habitants.
Les habitants étaient catégorisés entre hommes ou femmes libres, et les esclaves. Cinq statuts sociaux cohabitaient :
- La famille de l’empereur (40 personnes environ détenaient le pouvoir)
- La noblesse et l’aristocratie (notables, hommes d’affaires, négociants, hommes politiques…)
- Les magistrats
- La plèbe (les citoyens romains libres constitués d’artisans, commerçants, soit 50 % des citoyens, terme péjoratif)
- Les esclaves (10 à 16 % de la population)

5 Classes sociales cohabitaient dans la France Gallo-Romaine entre le 1er et 3ème siècle après Jésus-Christ
Beaucoup de paradoxes sociaux subsistaient dans la société romaine. Par exemple, comme il était malvenu d’être issu d’une famille puissante et de faire aussi carrière en politique, la meilleure façon d’accéder au pouvoir était d’agir en amont comme une sorte de mécène, protecteur des arts, en finançant des projets propices à susciter la sympathie des citoyens, en œuvrant pour les arts, les lettres et la poésie. Ce positionnement assurait aux mécènes le soutien des auteurs et des artistes qui réalisaient des œuvres majeures, célébrant la politique culturelle de leur bienfaiteur. Cette méthode favorisait aussi l’émergence de la création d’un cercle intellectuel et garantissait la notoriété du mécène dans la durée.

La création d’un cercle intellectuel et artistique, garantissait la notoriété du mécène dans la durée, et favorisait son entrée en politique
Pour mieux comprendre ce positionnement stratégique culturel, Jérôme nous éclaire :
« Pour accéder au pouvoir ou à des fonctions plus politiques, le cursus honorum ne consistait pas seulement à être bien né, ni à appartenir à l’un des groupes des grandes familles séculaires, comme les Julien qui descendaient de Jules César, mais à s’inscrire dans un héritage temporel important, en devenant mécène. Être protecteur des arts conférait du pouvoir ! »
Des projets à foison
Avant de nous quitter, Jérôme nous dévoile un pan des projets du musée Gallo-Romain Saint-Romain-en-Gal. L’objectif est de l’inscrire dans une dynamique de revalorisation du patrimoine culturel et archéologique.

Reproduction d’une mosaïque en restauration
Ainsi de nouveaux outils sont prévus pour surprendre encore plus les visiteurs. Des nouvelles maquettes, casques de réalité augmentée, pupitres, des abris supplémentaires pour trouver de l’ombre à l’extérieur, et des parcours inédits.

Jérôme FARGE, Médiateur culturel du musée Gallo-Romain Saint-Romain-en-Gal, à Vienne (Isère)
Une effervescence intérieure que je devine à travers les pupilles de Thomas, qui scintillent lorsqu’il évoque quelques innovations « pour faire comprendre le principe archéologique expérimental ». Ainsi, il est possible aux scientifiques de participer à des ateliers immersifs pour comprendre comment se fabrique un pain à la romaine, ou encore de tester des recettes antiques expérimentales. Le jeune public ne sera pas en reste puisque des ateliers leur permettront de découvrir la vie des jeunes légionnaires, grâce à des déguisements et à des jeux reproduisant les entraînements des soldats !

Pour le jeune public des ateliers leur permettront de découvrir la vie des jeunes légionnaires grâce à des déguisements et jeux de rôles
Une expo temporaire est en cours jusqu’à 2028 : » Saisons romaines : La mosaïque des Saisons «
Vous l’aurez compris, la ville de Vienne, en Isère, s’ouvre sur l’hexagone et l’étranger, pour proposer des activités ludiques ! D’autant plus que musée Gallo-Romain Saint-Romain-en-Gal a été récompensé par le Label Tourisme et Handicap pour la prise en compte des publics en situation de handicape.
Le second épisode consacré à la ville de Vienne se déroulera en gyropode dans les domaines viticoles exceptionnels de la région, avec Alexia et Marina, membres de l’Office du tourisme de la ville de Vienne… Restez connecté(e)s les KissCiteurs !
INFOS PRATIQUES :
Musée et sites archéologiques de Saint-Romain-en-Gal – Département du Rhône
D502, 69560 Saint-Romain-en-Gal, France
JOURS ET HORAIRES D’OUVERTURE
Les horaires en 2026
Ouverture du mardi au dimanche :
Été 2026
du 23 juin au 30 août : 10h à 19h, avec une nocturne jusqu’à 21h les jeudis soirs.
Dernier accès une demi-heure avant la fermeture selon la saison
Intersaison 2026
du 3 mars au 21 juin et du 1er septembre au 10 novembre : de 10h à 18h.
Hiver 2026
du 1er janvier 2026 au 2 mars et du 10 novembre au 31 décembre : de 10h à 17h.
Fermeture du site archéologique à 16h45 du 3 novembre au 2 mars.
Fermetures annuelles : 1er janvier, 1er ai, 1er novembre et 25 décembre
ACCÈS AU MUSÉE :
En voiture : A7 sortie Vienne, le musée se situe sur la rive droite du Rhône.
Dépose minute pour les cars et minibus.
Parking municipal payant à proximité.
En bus : arrêt Jeu de paume. Traverser le pont pour accéder au musée.
En vélo : parking sur le parvis du musée et sur le quai vers l’escalier monumental.
En train : 15 min à pied de la gare de Vienne.
TARIFS :
Le musée est gratuit pour les personnes en situation de handicap et leur accompagnant sur justificatif.
Visites (parcours découverte, visites commentées, thématiques et contées : 3€ / personne (sauf visite commentée gratuite tous les 1ers dimanches du mois)
Ateliers : 5 € par personne
Plus de renseignements sur les tarifs sur la page informations pratiques sur : https://musee-site.rhone.fr/accessibilite/













