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Théâtre : Appelez-moi George Sand

Joshua Laffon-Cohen

Le célèbre romancier, poète et comédien, Joshua Laffon-Cohen, revient sur le devant de la scène de la Folie Théâtre, et se glisse dans la peau de George Sand dans une comédie déjantée : Appelez-moi George Sand ! Dans cette interview, il se livre sur sa vision de la vie, la société et le féminisme.

Par Estelle MOCQUARD

Vendredi  23 Octobre 2026

 

 

Docteur ès lettres, écrivain, professeur de français et de piano, tu es aussi producteur de pièces de théâtre et comédien. Ta nouvelle pièce de théâtre, Appelez-moi Madame George Sand, se joue actuellement à la Folie Théâtre. Comment as-tu travaillé cette nouvelle pièce ?

George Sand incarne à la perfection l’image de la femme artiste et de la femme libre. Pour donner au personnage principal plus de texture et de cohérence, j’ai orienté une partie de mes recherches autour de ses centres d’intérêt. Le théâtre, la musique et la poésie. Pour cela je me suis rendu dans différentes bibliothèques de la capitale, notamment celle de l’Opéra de Paris, plus précisément à l’Opéra Garnier. J’ai pu lire des poésies manuscrites écrites de la main de George Sand. Les poèmes ont ensuite été mis en musique par Chopin, car ils étaient destinés à l’Opéra.

Tu as aussi écrit de nombreux ouvrages consacrés à George Sand. Pourquoi l’avoir choisie comme muse ?

Parce que George Sand a mené différents combats. Elle a combattu aussi bien pour les femmes que pour les pauvres, les enfants et pour les invisibles. Elle a rejeté les dogmes de son siècle, le 19ᵉ, osant mener sa vie à sa façon, à une époque où les femmes n’étaient ni libres, ni indépendantes.

C’est grâce à des femmes comme George Sand que le combat féministe a porté ses fruits !

 

 

Dans cette société patriarcale du 19ᵉ siècle, comment George Sand a-t-elle réussi à faire entendre sa voix et à s’imposer dans le monde littéraire ?

Être une femme au 19ᵉ siècle était un vrai parcours du combattant ! N’oublions pas que les femmes n’avaient pas le droit de travailler, ni d’avoir de compte bancaire, ou de voter. Les femmes étaient traitées comme des enfants, dépendant de leurs pères lorsqu’elles étaient issues d’un milieu bourgeois, pour ensuite se marier jeunes et dépendre financièrement de leurs maris. Aujourd’hui la condition de la femme s’est améliorée grâce aux humanistes et aux combats féministes. Mais à l’époque, George Sand faisait figure d’exception, voire de rebelle. Ses amis se nommaient Chopin, Liszt, Flaubert, Hugo, Balzac, Debussy ou encore Delacroix. Donc pour s’imposer parmi ses contemporains masculins, elle n’a pas hésité à utiliser un nom d’emprunt masculin pour signer ses œuvres littéraires et faire sa propre place ! En plus, éditer l’œuvre littéraire d’une femme était mal vu par la société française.

 

 

Qu’as-tu découvert sur George Sand lors de ton travail de recherche préparatoire ?

Ce qui me fascine dans le personnage de George Sand, c’est l’audace avec laquelle elle a osé vivre sa vie à sa manière, sans se soucier du regard des autres. Elle assumait aussi bien ses amours féminines que masculines. Côté artistique, elle touchait à tout. En plus d’être auteure et dramaturge, elle était aussi pianiste, chanteuse, peintre et poète. Elle écrivait des poèmes depuis l’âge de 11 ans. Une personnalité admirable ! En fait, Estelle, George Sand était un peu comme toi ! (rires). Tu savais qu’en plus elle écrivait ses poèmes sur la poutre au-dessus de son lit pour laisser une trace aux autres ?

George Sand jeune, était une graffeuse avant l’heure !

(Rires) Oui, c’est pour cela que George Sand me fait aussi penser à toi quelque part, Estelle !

Le comédien et écrivain, Joshua Laffon-Cohen et la journaliste et poète, Estelle Mocquard

 

C’est un scoop : George Sand était fan de graffiti !

 

Merci Joshua, tu ne pouvais pas me faire meilleur compliment ! (rires)

Exactement, George Sand était avant-gardiste. Elle défendait déjà l’écologie dans son château, où elle aimait jardiner et s’occuper de son potager à Nohant, dans son Berry natal.  Elle était très engagée sur la question du recyclage.

Revenons à ta pièce de théâtre, Appelez-moi Madame George Sand. Quel est le pitch ?

Dans la pièce, j’incarne un personnage, un homme, qui veut être une femme. C’est un écorché vif qui ne jure que par George Sand. Il s’identifie à l’auteure de La Mare au diable, donc il décide de suivre une thérapie pour comprendre son histoire. Une amitié se noue entre le psy Gabriel et son patient, que j’interprète. Par exemple, lorsqu’il arrive dans son cabinet, il s’exclame : « J’ai rêvé que j’étais une femme ! » C’est assez drôle !

 

Comment abordes-tu la question de la transidentité ?

Déjà, la question de l’identité était primordiale chez George Sand puisqu’elle-même a dû emprunter un nom masculin pour publier ses livres. Je me suis donc inspiré de sa philosophie de vie, en quelque sorte pour écrire une pièce rendant hommage aux artistes, aux poètes, qui osent vivre leur propre vie librement.

Les artistes ont l’art et la manière de sublimer la vie !

 

Joshua Laffon-Cohen est fasciné par George Sand, cette femme libre et rebelle, il veut lui ressembler, et Estelle aussi !

 

Ton dernier spectacle musical Double Je, joué au Théâtre du Gouvernail à Paris, a rendu hommage à Michel Berger. Il a aussi été joué au Festival d’Avignon. Comment cette production a-t-elle été accueillie par le public et par la presse ?

La comédie musicale Double Je évoque aussi la question de la transidentité à travers un pianiste passionné par Michel Berger ! La pièce Double Je a été jouée au Théâtre du Gouvernail, à Paris, avant d’être présentée à Avignon où elle a cartonné quatre années de suite. Les deux dernières années à Avignon, la programmation était quasiment complète. Le public a adoré, tout comme la presse.

Tu es aussi poète, quel est ton rapport à la poésie ?

Michel Bergé était selon moi le plus grand poète moderne, tout comme George Sand à son époque. La poésie a toujours été un fil conducteur à travers toute mon œuvre.

Être poète, c’est une façon de dire les mots, une façon de les faire vivre et une manière de sublimer la vie, le quotidien !

La poésie, c’est essayer de voir ce qu’il y a derrière les nuages gris. Une façon de chercher le bonheur.

 

La nouvelle comédie dramatique de Joshua Laffon-Cohen :  » Appelez-moi George Sand  » à la Folie Théâtre, jusqu’au 28 Novembre 2026

 

Vous êtes professeur de français dans un lycée privé parisien. Quelle est votre vision d’enseignant sur le mouvement étudiant ?

Je crois que ce côté rebelle actuel peut être intéressant s’il est maîtrisé et s’il y a un vrai projet derrière, s’il y a une sincérité, et que ces jeunes ne sont pas instrumentalisés par des partis politiques. George Sand était une femme rebelle, puisque ses origines sociales étaient populaires par sa mère, et aristocrates par son père. Ce qui lui a permis de recevoir une éducation privilégiée, tout en étant proche du peuple.

C’est important d’être passionné, mais il ne faut pas confondre rébellion et révolution. Les revendications doivent être positives pour combattre du bon côté de la vie

En tant qu’enseignant, je souhaite que les élèves se cultivent et deviennent des passionnés. Des spectateurs et des lecteurs passionnés. C’est ainsi qu’ils deviendront acteurs de leur vie grâce à la connaissance et sans violence !

L’été dernier, bien que jeune, tu as été victime d’un infarctus. Comment cette expérience a-t-elle modifié ton regard sur la vie et la maladie, en cet Octobre Rose, où la prévention médicale est mise en avant ?

Je pense que c’est très important qu’on rappelle en ce mois d’octobre que la prévention joue un rôle essentiel pour détecter les maladies parfois mortelles et qui peuvent être soignées si on arrive à les détecter à temps. Cependant, l’infarctus, on en parle très peu finalement. Surtout chez les jeunes. Mon père souffrait de problèmes cardiaques, donc c’est une maladie héréditaire.

Après mon infarctus, les médecins m’ont expliqué que ce sont souvent les personnes hyperactives, passionnées, touche-à-tout et TDHA qui sont touchées

 

 Joshua Laffon-Cohen, se ménage du temps pour avoir des moments de respiration, écrire de nombreuses pièces de théâtre et romans !

 

Quelles méthodes as-tu utilisées pour lutter contre l’infarctus ?

Avoir une activité physique est essentiel, je pratique la natation. Depuis mon problème de santé, je me ménage du temps pour avoir des moments de respiration car je veux vivre le plus longtemps possible (rires). Lorsque je répète beaucoup au théâtre ou quand je prépare un concert ou une pièce, je me débrouille pour pouvoir respirer dans la journée. C’est quelque chose de nouveau : maintenant j’apprends à respirer !

En plus, les moments de respiration permettent une meilleure disposition d’esprit, une meilleure façon d’appréhender les journées sans stress. Les choses deviennent plus évidentes, fluides et plus sincères quelque part.

 

Depuis mon infarctus, je vais à l’essentiel. Je ne m’embête plus avec des choses futiles

 

Ta biographie, scénographie et actualités sont riches. Où trouves-tu cette force créatrice et quelles sont tes sources d’inspiration ?

Elles sont très multiples. Je me nourris aussi bien de la vie que des rencontres ou des lectures.  

Que lis-tu en ce moment ?

Je conseille un livre que j’ai lu cet été et que j’ai adoré, qui s’appelle La Danseuse de Patrick Modiano. Je le recommande à tous les lecteurs parce que vraiment, c’est un très beau livre. J’ai aussi acheté le dernier de Modiano, l’Éléphant, qui est sorti il y a deux semaines.

3 Spots parisiens où tu aimes prendre ton café et te poser ?

Trois adresses ? Alors déjà je recommande Le Grand Plaza, à République dans le 11ᵉ. Ils ont plusieurs salons avec une très belle terrasse. Il ne faut pas trop que je le dise parce qu’on y est tranquille ! (rires) Et puis j’aime beaucoup la franchise Chez Copains car ils font des pâtisseries sans gluten, dans le Marais ou dans le 10ᵉ. Sinon, j’adore prendre un cappuccino au lait d’amande ou au lait d’avoine, ou un thé matcha chez Fruity Café, au 69 rue Chabrol. Ils ont un très bon cappuccino et matcha à tomber !

3 Raisons de découvrir ton nouveau spectacle Appelez-moi George Sand à La Folie Théâtre ?

Quand on aime les mots, la poésie de George Sand est un régal. En plus, cette pièce de théâtre permet aussi de découvrir la complicité qui se noue entre un patient et son psychiatre. À travers Appelez-moi George Sand c’est aussi ma propre expérience de transformation que je partage aux spectateurs.

 

Donc si vous aimez les plongées troublantes dans l’identité, venez découvrir un nouveau visage de George Sand à la Folie Théâtre jusqu’au 28 novembre 2026, tous les vendredis et samedis à 19h30 !

 

Merci beaucoup Joshua pour ce partage, ces émotions et ces beaux projets !

 

Appelez-moi George Sand

A la Folie Théâtre

6 rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris

Durée : 75 mn

Genre : comédie dramatique

De Joshua Laffont-Cohen

Mise en scène Joshua Laffont-Cohen et Claude Bokhobza

Avec Joshua Laffont-Cohen et Alexis Néret

Jusqu’au 28 novembre 2026

Tous les vendredis et samedis, à 19h30

Tarif : 10-22 €

 

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