Artistes : Corinne Szepetowski & Valérie Dainotti
Etre Femmes & Artistes en 2026
Rencontre avec deux femmes artistes habitées par l’art pictural. Invitée dans leur atelier parisien, Galerie 244, Valérie Dainotti et Corinne Szepetowski, m’ouvrent leur porte pour partager aux internautes de KissCity Mag, leur univers onirique, à 4 mains, aux tons ocres et aux couleurs chaudes. Un appel aux voyages !
Par Estelle GUEÏ
Dimanche 10 Mai 2026
A la rencontre de Valérie Dainotti et Corinne Szepetowski
« En Mai fait ce qu’il te plaît ! » cet adage populaire me trotte en tête, alors que je franchis les grilles de l’arrière cour de l’atelier de Valérie DAINOTTI et Corinne SZEPETOWSKI. Loin du tumulte parisien, c’est dans un perchoir ombragé, que Valérie aime lire, peindre ou rêvasser…et travailler sur ses projets de développement artistique. Très jeune, cette âme artiste a croisé le chemin du célèbre peintre espagnol, Blasco Mentor (1918-2003), sous le soleil du Sud.

Valérie Dainotti, une artiste parisienne pluridisciplinaire, peint des oeuvres d’art lumineuses et colorées, pour interroger l’amour, le temps qui passe et la femme
Il existe des rencontres magiques, qui transforment le reste de votre existence !
Comme une évidence, après bien des bifurcations, comme seule la vie en a les secrets, Valérie est tombée dans la marmite de la peinture ! La pimpante brune, au fil des décennies a panaché son style, insufflant à ses œuvres picturales l’éclat de ses émois, de ses voyages et rencontres, qu’elle raconte à travers ses toiles. Jouant avec la matière, les couleurs et la lumière, Valérie excelle aussi bien dans la peinture, dans l’art de la gravure, que dans la sculpture. Sous ses doigts et son regard, la nature et des réalités imaginaires prennent vie, sans entraves.
- « L’Art de Vie » réalisé par la plasticienne Corinne Szepetowski
- Quand la matière prend vie selon Corinne Szepetowski
Les couleurs irradient. Sensible à la saison automnale, Valérie aime parer mère Nature, de couleurs ocres, comme pour célébrer ce passage, entre la fin de l’été et le début de l’hiver.
La plasticienne Corinne Szepetowski
Capturée par son regard de femme artiste, la nature opère alors sous son pinceau une mue silencieuse…à pas feutrés…comme des feuilles mortes qui tombent sur la mousse du temps
« Une chambre à soi » peinte par Corinne Szepetowski, comme en écho à l’essai éponyme de Virginia Woolf
Baptisées « La vie en mouvement », « Terres pas si lointaines », « Jardins Enchantés », Valérie enchante le monde à travers ses œuvres !
C’est dans cet état d’esprit libre, joyeux et curieux de l’autre, que Valérie a rencontré Corinne SZEPETOWSKI, également artiste peintre et écrivaine.
A elles deux, peignant à 4 mains, leurs créations originales prennent une autre dimension, emplies d’une alchimie et d’énergie toute féminine.
Lors de la visite je suis subjuguée par le torrent de créativité, qui nous emporte dès le pas de la porte. Une table basse sur roulettes customisée et fabriquée par Corinne, une cage musicale à oiseaux créée par Valérie, des tableaux à 4 mains, des toiles aux couleurs lumineuses, des photos de graffitis et de tags, des plumes de paon, des perles et des touffes de cheveux mêlées aux sculptures…Bref, je pénètre dans un antre magique, où seuls souffle le vent de la liberté et la boussole du coeur.

œuvre de Valérie Dainotti et Corinne Szepetowski, sur le thème du temps
Avec un grand sourire, les deux artistes m’accueillent autour d’une dînette improvisée. A l’image de leurs créations, les mets rappelant à la fois l’Italie et la culture méditerranéenne, Valérie DAINOTTI et Corinne SZEPETOWSKI, me racontent leurs parcours de femmes. Comment s’imposer dans un milieu où les toiles des hommes sont vendues plus chères que celles des femmes, dans les galeries d’art ? En quoi être Femme et Artiste change la perception du monde ? Pourquoi le combat pour l’égalité des sexes est-il toujours d’actualité ? Autant de questions s’entremêlent dans ma tête, alors que j’écoute Valérie et Corinne me narrer le récit d’une vie…Une rencontre émouvante que je vous invite aussi à découvrir !
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« Il y a dans l’acte de créer quelque chose de totalement primitif, un état instinctif presque animal.» Quelle est votre perception toute personnelle des Femmes artistes ?
Corinne SZEPETOWSKI : Je pense que créer vient d’une pulsion profonde et sauvage, une espèce de réflexe avant la pensée et comme le dit Clara Yse : « C’est le corps qui pense ». Cette impulsion donne à l’oeuvre une force vraie, même si on retouche après avec raison.
En ce qui concerne les femmes artistes, je pense qu’elles ont encore à se battre pour gagner leur place, pour avoir davantage de visibilité et de reconnaissance.
Portrait de Valérie Dainotti réalisé par le célèbre peintre Blasco Mentor
Et l’histoire le prouve… mais la présence croissante des femmes commence peu à peu à changer la donne : elles apportent des voix nouvelles et diversifient les récits, montrent que l’art n’est pas neutre, qu’il est un acte politique et genré, militant dois-je ajouter. Les femmes artistes méritent un soutien actif pour accélérer l’égalité.

TSUBAKI par Corinne Szepetowski
Valérie DAINOTTI : Il ne s’agit pas d’opposer les artistes femmes aux hommes, mais après avoir été « la femme ou la muse de… » et reconnaissable comme telle, la femme peut enfin passer de l’ombre à la lumière et prendre toute sa place sur le terrain artistique. Les productions artistiques féminines ont pendant trop longtemps été sous-estimées par les musées et par le marché de l’art en général. Le secteur événementiel participe de plus en plus à cette (re)découverte, ce qui est une très bonne chose pour les femmes et la société.

Oeuvre de la plasticienne Valérie Dainotti, entre jeux de matières et de couleurs
Femmes artistes dans la ville comme dans la vie, comment conciliez-vous vie privée et vie publique ?
CS : Vie publique et vie privée sont à l’unisson, tout se gagne à la force du bras, rien n’est donné tout est à prouver, notre place dans la société n’est pas acquise, nous, les femmes et quels que soient les domaines (domestique, amoureux, professionnel ou artistique) nous avons à démontrer et justifier en permanence nos compétences pour exister, pour être. Et chaque jour, reprendre le combat !
VD : Suivre certains codes tout en préservant sa nature profonde, ça nécessite de la ténacité, parfois du courage et une dose d’insouciance. Rester fidèle à sa propre éthique reste l’essentiel.

Valérie aime particulièrement fragmenter ses oeuvres, pour mettre en perspective les espaces et le temps. Présent, passé et futur s’entremêlent dans un esprit syncrétique
On sent beaucoup de vie dans vos œuvres. La fête, les animaux, les cités urbaines, les corps, sont sublimés à travers les jeux de matières, avec une dimension plasticienne car vous customisez aussi des objets. Comment vous définiriez-vous aux yeux des amateurs d’art, qui ne vous connaissent pas encore ?
CS : Pour ma part, j’ai beaucoup de mal à me définir : je ressens, je peins, je suis. C’est d’abord le corps qui parle, ce sont les émotions qui enchantent les toiles. Seulement après, la pensée vient pour mettre en mots et en couleurs. Au départ, je suis une espèce d’animal primitif à l’image d’un diamant brut, pourrait-on dire. C’est par le geste et le mouvement que la matière et la couleur viennent peu à peu dompter, apprivoiser et éduquer. Après on peut sentir un souffle de vie, une tension vitale. Je ne peux que ça, c’est juste ce que je sens.

« La Cage » est une création onirique de Valérie Dainotti, mêlant différentes matières et dimensions picturales
VD : L’onirisme et le réel transformé caractérisent ma peinture. J’explore l’entre-deux, souvent illustré par une ligne qui marque la fracture entre deux mondes, deux réalités, deux espace-temps, interdépendants malgré une frontière apparente. La question du temps qui passe, la brièveté de la vie, la temporalité m’ont toujours interrogée et intriguée, c’est presque devenu obsessionnel.
Ma peinture vit dans la fracture, surtout aujourd’hui. Mes peintures sont assez hétéroclites.
Qui sont les artistes qui vous inspirent encore aujourd’hui ?
CS : La liste est longue et très éclectique mais en général les artistes qui m’inspirent, m’inspirent autant par leur personnalité que par leur art. Ce sont des artistes souvent engagés avec une certaine densité intellectuelle et émotionnelle. Ces personnes-là rayonnent dans une dimension quasi mystique ou sacrée. Et puis, il y a un narratif puissant et singulier. On touche-là à l’excellence ! En voici quelques-uns : Nicolas de Staël, Bonnard, Soulages, Rothko, Louise Bourgeois, Sophie Calle, Joan Mitchell, Cy Twombly et beaucoup d’autres encore…

Louise Bourgeois, artiste plébiscitée par Valérie Dainotti depuis qu’elle a découvert l’oeuvre de l’artiste lors de la grande rétrospective du Centre Pompidou en 2008
VD : En premier lieu, je citerai Louise Bourgeois que j’ai découverte lors de la grande rétrospective du Centre Pompidou en 2008. Cela a été un vrai choc pour moi. Unica Zürn, Morandi, Sophie Calle, Dali, Leonora Carrigton, Anselm Kieffer, Artemisia Gentileschi, Marguerite Duras.
Trois adjectifs qui définissent votre univers artistique ?
CS : Je répondrai plutôt par trois substantifs : Architecture, couleurs, matières !
VD : Onirique, coloré, mémoriel.

Tableau « Incendie » par Corinne Szepetowski
Vous peignez aussi ensemble à quatre mains. Comment accordez-vous vos violons au pinceau ?
CS : Il y a douze ans, j’ai eu cette idée-là, j’ai posé une toile au sol et puis je lui ai dit de se lancer. Notre règle de départ : On peut tout faire et on ne se pose pas d’interdits. Parfois Valérie fixe des contraintes, des couleurs, des matières ou certains outils. Le reste, ça se fait très naturellement, c’est fluide, après avoir fixé nos règles on ne parle plus, on est dans une espèce de silence de nos voix intérieures. C’est un peu une écriture automatique à deux. Un jeu de miroir, on se complète très bien sur la toile.
VD : J’adore cet exercice, d’ailleurs certains amateurs d’art ne recherchent que nos productions à quatre mains ! C’est à chaque fois, une aventure fabuleuse.

« La vie en mouvement » par Valérie Dainotti
À l’âge de 22 ans tu as été modèle pour l’artiste catalan, Blasco MENTOR, Des toiles ont été vendues et notamment en Angleterre. Tu possèdes également la dernière toile qu’il a peinte de toi avant son accident. Qu’as-tu appris de ces moments partagés aux côtés de Mentor ?
La magie de l’atelier d’Artiste, l’odeur si particulière del’huile de lin et de l’essence de térébenthine, la création «dans tous ses états». Le Maître qui cherche, qui regarde, qui observe, qui raconte des bouts de vie, ses rencontres, ses espoirs, les difficultés qu’il a rencontrées avec son épouse « Neige » à ses débuts pour vivre de sa peinture, sa rencontre avec Picasso…

Une création à 4 mains réalisées par Valérie Dainotti et Corinne Szepetowski
De quelle façon Mentor a-t-il influencé ton art, peut être inconsciemment, car à ce moment tu ne peignais pas encore ?
VD : Oui, la représentation de la femme et l’admiration qu’il vouait à la gente féminine m’ont beaucoup marquée. Les échanges que nous avions lors des séances de pause m’ont beaucoup appris sur le cheminement de ce peintre, ses pensées, son passé et sa manière de peindre.
C’est aussi en regardant, que l’on apprend…

L’artiste Mentor Blasco et Valérie Dainotti dans son atelier d’artiste
Quels sont tes rituels créatifs pour trouver l’inspiration et contrer « la toile blanche » ?
CS : Une exposition, une lecture, une musique ou une émotion peuvent m’inspirer pour une toile.
VD : Il m’arrive de trouver l’inspiration dans des rêves qui déclenchent un besoin irrépressible de peindre. Ça peut être aussi une émotion qui me traverse, pour immortaliser l’instant. Je commence mes toiles souvent à la tombée du jour et préfère peindre la nuit tombée.

KissCity Mag vous entraîne dans l’intimité des Artistes…
Nombre d’artistes sont aussi pluridisciplinaires. Sur le compte Insta de la galerie 244, des poèmes comme «Sortir » sont aussi partagés. Corinne, vous postez aussi des poèmes : quel lien entretenez-vous avec l’écriture ou d’autres formes d’expressions artistiques ?
CS : L’écriture est vitale pour moi, c’est un autre médium qui m’inspire puissamment. Les mots, ça a quelque chose d’envoûtant, de captivant. A ce titre, je viens de publier un recueil de lettres: « A demain, je t’aime plein de mots ». C’est une histoire d’amour, d’une passion dévorante. Ça parle d’un amour peut-être impossible, de séparation et de douleur et puis, surtout, ça parle d’écriture, de poésie et de mots, d’histoire de mots et d’histoire de peaux.

La graffeuse et poétesse, Miss.Tic inspirent Valérie Dainotti et Corinne Szepetowski
De nombreux écrivains sont intimement liés à mon écriture. Il y a d’abord Marguerite Duras, sa voix, la scansion des mots, leur rythme, la puissance poétique de son œuvre. Et puis, il y a Virginia Woolf, Camus et puis aussi Mauvignier et Bobin, et bien d’autres. Quant à mon attirance pour la sculpture, elle naît d’un besoin profond de donner forme à l’invisible. J’aime transformer des objets ordinaires en créations singulières, comme si chaque matière portait en elle une histoire en attente d’être révélée. Mes mains deviennent alors des outils de langage, explorant, modelant et assemblant pour faire surgir des formes à la fois imaginaires et fascinantes. Le contact avec les textures nourrit mon inspiration, éveillant une écriture du désir où le geste précède parfois la pensée.
Créer, c’est pour moi une manière de comprendre le monde en le touchant, en le réinventant, et en laissant émerger ce qui ne pouvait exister autrement
Tableau « Sur le Sable » de Valérie Dainotti
VD : J’ai recours au dessin. J’ai également puisé mon élan artistique il y a quelques années, dans la gravure et actuellement , je customise une cage, avec un très grand plaisir.

La Nature est la plus belle source d’inspiration ! Ici le tableau réalisé à 4 mains « Eau de Vie »
La rue vous inspire, tout comme l’architecture moderne, comme en témoignent les nombreux graffitis et tags que vous postez sur les réseaux sociaux et photos accrochées aux murs de votre atelier. L’énergie de Paris, mythe, réalité ou paradis perdu ?
CS : Paris enivre les artistes par le dialogue constant entre son passé et son présent. Ses façades anciennes, chargées d’histoire, côtoient des architectures modernes aux lignes audacieuses, créant un paysage visuel d’une richesse infinie. Dans ses rues, les tags et les œuvres urbaines surgissent comme des élans spontanés, apportant une énergie brute à la ville. Cette effervescence nourrit l’imaginaire, offrant à chaque regard une nouvelle source d’inspiration.
À Paris, l’art semble partout, vivant, mouvant, et profondément ancré dans la matière même de la ville
Les architectes, (anciens et modernes) chacun à leur époque, participent à ce dialogue unique entre tradition et innovation. De Haussmann, Guimard à Jean Nouvel, Franck Gerry, sans oublier des femmes comme Zaha Hadid ou Charlotte Perriand.
VD : Paris est devenue ma ville de cœur !

Paris est devenue la ville de coeur de Valérie Dainotti
Le banquet idéal sans contraintes spatio-temporelles, si vous aviez un pinceau magique : quels artistes inviteriez-vous à table ?
CS : Tous les artistes que j’ai cités, sans hésiter !
VD : Louise Bourgeois, Blasco Mentor et Sophie Calle.

Une oeuvre hors du temps : « Passé Présent Futur ». Une toile à 4 mains par Valérie Dainotti et Corinne szepetowski
Quelles sont vos prochaines actualités et projets ?
Une exposition en septembre à Paris, porte de Versailles et nous avons un ancrage dans le Sud, avec des expositions à venir dans la région toulonnaise. Nous attendons les KissCiteurs nombreuses et nombreux ! On vous en dira bientôt plus, promis !

Deux femmes artistes à suivre sur les réseaux sociaux : Galerie 244
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