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L’Art d’Aimer selon Boris Cyrulnik

Quand on tombe amoureux, on se relève attaché

Pourquoi certaines personnes tombent-elles amoureuses, puis ressentent soudain de l’indifférence ? Pourquoi d’autres tombent amoureux et se relèvent attachés ? Quel est le secret d’un amour durable ? Comment l’amour frappe-t-il nos cœurs ? Célèbre neuropsychiatre et auteur, Boris Cyrulnik, nous livre une pépite pour apprendre à aimer pleinement !

Par Estelle GUEÏ

 

 

Au début, était l’amour courtois

Aux premiers siècles de la chrétienté (vers 1100), le mot mariage désigna pendant des millénaires, les couples qui avaient dépassé les fiançailles, pour aboutir à un acte sexuel complet.

Puis, l’amour courtois apparut au XII ème siècle, avec les troubadours de Provence et d’Aquitaine, dont les histoires romantiques permirent de ritualiser les pulsions d’amour, car sinon les femmes subissaient les assauts répétés des hommes et se faisaient violer en masse. En effet, la brutalité sexuelle franque devait alors être jugulée, codifiée. A travers cette parade toute cérébrale, une nouvelle danse s’esquissa. Les récits des chevaliers de la table ronde et les romans de Chrétien de Troye, contribuèrent à valoriser l’art de la courtoisie.  Il fallait courtiser l’élue de son cœur pour la mériter ! 

 

Le mythe médiéval de Tristan et Yseut est une légende fondatrice de l’amour courtois, dans la lignée de Chrétien de Troye

 

Fou d’amour, le preux chevalier récitait des poèmes pour séduire, utilisait un langage emphatique pour inhiber la pulsion sexuelle et cérémoniser l’acte sexuel.

En pratiquant l’amour courtois les hommes civilisaient leurs mœurs

 

Quels sont les différents types d’attachements amoureux ?

Selon Boris, neuropsychiatre et auteur de nombreux best-sellers mondiaux consacrés aux dynamiques relationnelles humaines : « Tomber amoureux, c’est l’état naissant d’un mouvement collectif à deux »

Son ouvrage Quand on tombe amoureux, on se relève attaché, distille des propriétés vertueuses à notre cœur et âme. D’autant plus, qu’en cette période trouble que nous traversons, écouter les voix ou lire les textes de personnes sages, habitées par une conscience hypersensible, nous fait du bien.

 

Tomber amoureux, c’est l’état naissant d’un mouvement collectif à deux

 

Doué d’une écriture simple et limpide, Boris Cyrulnik partage au lecteur sa théorie de l’amour, qu’il étaye d’arguments et d’exemples incroyablement mémorisables.

Rare rescapé vivant des camps de la mort, Boris Cyrulnik, possède un talent d’écrivain unique. Son écriture emplie d’humanité, de résilience et d’explications parfois déroutantes sur l’art d’aimer, plonge le lecteur dans ses propres souvenirs, peuplés d’histoires d’amour, heureuses ou malheureuses…

Et si aimer était l’art d’être humain, tout simplement, et de vibrer de la façon la plus authentique qui soit ? 

Comme nous l’explique Boris Cyrulnik, différentes formes d’attachements affectifs existent :

« Les personnes sécures sont à l’aise dans les relations intimes, tissent un lien léger et savent le faire durer. Ceux ou celles qui ont acquis un attachement ambivalent mettent la barre affective à une telle hauteur que, un jour ou l’autre, ils n’y arrivent pas, ils se sentent frustrés et agressent celui ou celle qu’ils aiment le plus au monde. Les évitants ont tellement peur de devenir dépendants affectifs qu’ils refroidissent la chaleur amoureuse dont ils ont grand besoin. Ils aiment de loin et se sentent prisonniers de ce qu’ils ont provoqué. »

 

 

 

Comment guérir les carences affectives ?

Quant aux personnes souffrant de carences affectives, elles sont convaincues qu’elles ne sont pas dignes d’être aimées. Elles deviennent alors collantes et quémandent sans cesse une preuve d’amour, envahissant ainsi l’aimé(e), qu’elles étouffent jusqu’au moment où il ou elle éprouve le besoin de prendre l’air.

Toujours dans cette logique d’attachement amoureux, Boris dissèque avec simplicité le processus d’évolution du passage de l’amour au lien d’attachement. Celui-ci dépend de 3 facteurs clefs : 

  • L’acquisition précoce d’un style d’attachement, lors de la petite enfance dans sa famille, à l’école et lors de la préadolescence

 

  • Une rencontre avec une personne qui réveille les traces inconscientes imprégnées dans la mémoire biologique

 

  • Trace du passage de l’amour qui invite à nouveau à la fusion, à l’attachement, en toute autonomie

L’auteur évoque un autre principe de base : « un monde extérieur appauvri, appauvrit le monde intérieur »

 

Pour mieux comprendre ce principe de l’appauvrissement amoureux, le neuropsychiatre s’appuie sur une anecdote historique survenue avant la chute du mur de Berlin. A cette période, les femmes étaient obligées de travailler 14 heures par jour selon les directives d’un dictateur roumain nommé Ceausescu. Ce dernier les obligeait à abandonner leurs enfants, sans aucune aide éducative pour se rendre sur leur lieu de travail.

 

Comment grandirent les enfants abandonnés sous la dictature de Ceausescu en Roumanie ?

 

Seulement, lorsque le mur de Berlin est tombé, on a soudain constaté que les enfants souffraient de troubles biologiques graves. Physiquement ces enfants étaient de petite taille, pesaient un poids plume, semblaient avoir vieillis prématurément

En outre, ils souffraient de retards considérables du langage, leurs comportements étaient autocentrés, s’auto-mutilaient, se balançaient et tournoyaient ! Ces troubles du comportement empêchaient toute relation et tout apprentissage. Par la suite, les scanners révélèrent des lacunes cérébrales bifrontales et limbiques.

Face à ce désastre psychologique infantile, des professionnels de santé et des familles d’accueil s’organisèrent pour créer autour de ces enfants en carence affective, un nouveau milieu riche en mots, en câlins et en activités.

Grâce à la richesse de ces apports affectifs prodigués par ces personnes de bonne volonté, près de 100 000 enfants reprirent un bon développement. Ce qui définit la résilience.

En revanche, plusieurs dizaines de milliers d’enfants isolés précocement, ne purent trouver le chemin de la résilience, car leur cerveau trop altéré n’a pas réussi à déclencher le processus de résilience neuronale.

 

Sous la dictature roumaine de Ceausescu, les enfants abandonnés dépérirent faute de n’avoir reçu l’amour de leurs mères

 

L’expérience traumatique vécue par ces enfants démontrent que les empreintes mnésiques se constituent dès les premières années. Ces informations gratifiantes pour l’enfant stimulent son cerveau et activent des zones neuronales riches en dopamineLe système de récompense est alors activé, pour le meilleur comme pour le pire…

Des années plus tard, une fois devenu adulte, en fonction de ce qu’il aura vécu dans sa prime enfance, l’individu développera un attachement sécure ou insécure. Le coup de foudre, lorsqu’il se produit, aura en fait provoqué, inconsciemment, des souvenirs de félicités passés (ou pas) assimilés à de l’amour. 

Pour illustrer ce processus amoureux, l’auteur Boris Cyrulnik, utilise l’image de la symbolique des clefs révélatrice de cette quête d’amour absolu : « La rencontre se fait comme une clef dans une serrure : c’est elle et pas une autre ! » 

 

Quand la rencontre amoureuse se vit comme lorsqu’on glisse une clef dans une serrure : « c’est elle et pas une autre ! »

 

 

La danse de l’amour 

Alors comment tombons-nous amoureux-ses ? Et pourquoi nous relevons-nous attaché(e)s ? « Les opposés s’attirent » dit l’adage populaire… Et si là résidait l’un des secrets de l’attachement amoureux ?  Un début de piste s’esquisse, puisque les sentiments oxymoraux (opposés et associés) de la fièvre amoureuse et de l’attachement tranquillisant se coordonnent dans l’histoire du coupleles amants évitent à la fois la passion angoissante et l’attachement engourdissant.

Quand ces deux manières d’aimer se combinent, le couple fonctionne au mieux des circonstances.

 

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et auteur de « Quand on tombe amoureux on se relève attaché »

 

C’est alors qu’on tombe amoureux et qu’on se relève attaché, comme lorsqu’on reçoit une lumière aveuglante, qui illumine chaque parcelle de notre cœur, de notre être, de notre esprit.

Cependant cette harmonie sentimentale est fragile face aux pressions familiales et aux récits culturels qui n’encouragent pas l’amour. Face à la fabrique des sociétés patriarcales où les femmes ont été entravées pendant des millénaires, et les hommes héroïsés, deux personnes en tombant amoureuses accorderaient moins d’importance aux pressions familiales et aux impératifs socio-culturels. 

 

L’autonomie solidifie l’attachement amoureux

 

Boris Cyrulnik nous apprend également l’importance de préserver une forme d’autonomie pour solidifier l’attachement amoureux. A l’instar de l’image de l’enfant sécurisé par le lien affectif de sa mère, mais qui a besoin de s’éloigner d’elle pour explorer le monde. Certes il est effrayé par le monde, mais aussi heureux de se blottir ensuite dans les bras de sa mère après l’avoir exploré !

Un homme ou une femme ne doivent pas évoluer dans une « prison affective », cela abîme le lien d’attachement, étouffe l’amour.

Au contraire, c’est dans l’éloignement, dans la perte de sa base de sécurité, que l’individu éprouve le bonheur de la sécurité et de l’amour !

 

Livre de Boris Cyrulnik, « Quand on tombe amoureux on se relève attaché »

 

 

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