Expo Paris : Madame de Sévigné
Lettres Parisiennes
Qui était la célèbre épistolière Madame de Sévigné ? Connue pour sa riche correspondance avec sa fille, la comtesse de Grignan, avec qui elle échangea prés de 700 lettres, le musée Carnavalet, à Paris, lui consacre une expo pour les 400 ans de sa naissance. Retour sur la vie d’une femme en avance sur son époque !
Par Estelle GUEÏ
Dimanche 17 Mai

Madame de Sévigné a marqué le 17ème siècle par son esprit des lumières, amour de la liberté et par son engagement culturel. Une figure toujours aussi emblématique, 4 siècles plus tard…
Enfance d’un génie des Lettres
Marie de Rabutin-Chantal, est née le 5 février 1626, dans l’hôtel particulier de ses grands-parents, l’hôtel de Coulanges, place Royale, l’actuelle place des Vosges (entre le 1 bis place des Vosges et le 11 bis, rue de Birague). À peine âgée de 6 ans, Marie se retrouve orpheline. Elle grandit alors sous la tutelle de sa famille maternelle, dans le quartier prisé du Marais, fréquentant les gens de lettres et l’aristocratie. La future Madame de Sévigné recevra une éducation privilégiée. Grâce à son oncle Christophe, elle étudie les langues et acquiert une connaissance solide de l’italien, du latin et de l’espagnol. Outre sa parfaite maîtrise des langues, Marie lit beaucoup et étudie les lettres avec assiduité.
C’est dès l’enfance, que la future épistolière de renom et femme d’esprit, cultivera son temple intérieur, avant de le partager plus tard au monde
Une expo réalisée à l’occasion du 400 ème anniversaire de la naissance de Madame de Sévigné
Pour le moment c’est avec son cousin, le comte de Bussy-Rabutin, futur membre de l’Académie Française (1665), que la jeune Marie entretient une grande complicité intellectuelle à travers une correspondance au style littéraire qui se distingue par un ton empli d’humour, esprit de famille et badinage galant. Son cher cousin de Bussy ne s’y trompe pas, baptisant leurs échanges épistolaires de « rabutinage ». Une correspondance qui contribua à forger la plume pleine de dextérité de Madame de Sévigné.
- Portrait de Madame de Sévigné
- Portrait d’Anne Genevieve de Bourbon, duchesse de Longueville
De l’ombre à la lumière
En 1644, elle épousera Henri de Sévigné, à l’église Saint-Gervais, dans le Marais. Régulièrement, les époux partent visiter leurs terres en Bretagne et séjournent dans leur château des Rochers. Lors d’un duel son mari est tué. À seulement 25 ans, la comtesse de Sévigné se retrouve veuve et mère de 2 enfants à élever seule, Françoise-Marguerite et Charles.
Cependant, son veuvage précoce lui offre une liberté financière et autonomie peu fréquentes pour les femmes de son époque
Issue de la noblesse, Madame de Sévigné reçoit une éducation privilégiée
Elle jouit alors d’une liberté qui lui permet de s’impliquer dans la vie culturelle et politique de la capitale.
Proche de la cour du roi Louis XIV depuis ses 15 ans, Madame de Sévigné refusa les avances du Roi Soleil, ce qui lui vaudra la perte des faveurs royales. En revanche, quelques années plus tard, sa fille, Françoise-Marguerite dansera dans le Ballet des Arts avec le roi Louis XIV, au Palais-Royal.
En 1629, la fille de Madame de Sévigné, Françoise-Marguerite, épouse le comte de Grignan, François Adhémar de Monteil, en la paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs. Alors que sa fille, Madame de Grignan part s’installer avec son époux à Grignan, en Provence, Madame de Sévigné loue l’hôtel Carnavalet et s’y installe en octobre 1677.

Tapisserie ayant appartenu à Madame de Sévigné, ancienne locataire de l’actuel musée Carnavalet à Paris
Pour maintenir le lien avec sa fille, Madame de Sévigné lui écrit deux à trois fois par semaine des lettres où son talent de chroniqueuse se révèle. Elle informe ainsi sa fille de ce qui se passe à la Cour et à Paris. L’envers des décors politiques, courtisaneries, mondanités, travers de ses illustres contemporains, scandales, adresses à la mode.
Et même le fonctionnement de l’économie de la faveur y est décrit avec humour, esprit, de façon très documentée.
On peut ainsi dire que Madame de Sévigné était une créatrice de contenus, ou journaliste, ou influenceuse avant l’heure !
Grâce à ses multiples sources, la correspondance de Madame de Sévigné nous fait vivre de l‘intérieur les événements qui font frémir la cour et Paris. Comme l’affaire des poisons, un scandale criminel, qui secoua la capitale tel un feuilleton ! Dans ses lettres, elle livre des tableaux inspirés par ses itinéraires parisiens, au gré de ses rencontres, promenades et visites de courtoisie.
À travers ses échanges épistolaires, on découvre aussi l’intimité de ses appartements à l’hôtel Carnavalet, le rythme de sa maisonnée et ses habitudes, ses rituels d’écriture, ainsi que son quotidien de la vie parisienne. En effet, la comtesse mène une vie très citadine !
Les Cercles Littéraires
La carrière de Madame de Sévigné éclot à un moment de l’histoire culturelle particulièrement favorable aux femmes de lettres. À cette époque, des cénacles intellectuels se forment à Paris, animés par des personnalités influentes, telles Corneille, Molière, ou encore l’écrivaine Madame de Scudéry. Ces figures illustres sont alors les nouveaux arbitres de la vie littéraire et artistique parisienne.
Dans ces cercles d’exception, se pratique une galanterie qui favorise la mixité entre hommes et femmes, savants et gens du monde. Certains cercles féminins fréquentés par Madame de Sévigné, comme le cercle de Madeleine de Scudéry, rue de Beauce, dans le Marais, est le plus influent de Paris. Il revêt une dimension politique.
Ces « femmes fortes » joueront un rôle sur la scène politique, notamment lors des révoltes de la Fronde
Hommage à la célèbre épistolière, Madame de Sévigné, dont les lettres ont traversé les siècles
La Fronde eu lieu sous la régence d’Anne d’Autriche (1648-1653), lorsque la noblesse se révoltera contre le pouvoir royal, incarné par le cardinal Mazarin, principal Ministre d’État du jeune Louis XIV.
Rapidement, les femmes intellectuelles sont prises pour cibles et subissent des attaques virulentes, alors que la jeune génération salue ces nouveaux modes de relation entre les sexes, plus respectueux.
Le talent reconnu de Madame de Sévigné lui permit d’intégrer le cercle des poètes « Hommes de Lettres ». De son vivant, Madame de Sévigné ne voulait pas publier ses correspondances.
Le 17 Avril 1696, Madame de Sévigné rendit son dernier souffle, au château de Grignan. À son décès, les Mémoires de Bussy-Rabutin sont publiées. Cinq lettres de Madame de Sévigné y figurent. Elles feront sensation auprès du grand public. C’est à partir de ce moment que Madame de Sévigné rentra dans la postérité.
Quatre siècles plus tard, le musée Carnavalet rend hommage Madame de Sévigné, à travers l’expo « Lettres Parisiennes ». Découvrez la vie de cette femme accomplie, libre avant l’heure, et qui est entrée dans la postérité grâce à son talent littéraire, jusqu’au 23 Août 2026 !

Estelle GUEÏ, la Fondatrice du média consacré à la Culture, à l’Art de Vivre à la Française & au Luxe, KissCityMag.Com, vous partage ses coups de coeur chaque semaine !




