Opéra de Paris : L’Or du Rhin
Wagner à l’ère du 5.0
Compositeur de dix œuvres majeures du répertoire lyrique, Richard Wagner continue d’inspirer des générations de compositeurs et metteurs en scène. La scène de l’Opéra de Paris accueille à nouveau la Tétralogie wagnérienne dans le cadre du Festival de l’Anneau du Nibelung. Voici mes premières impressions de la Générale de l’Or du Rhin !
Par Estelle MOCQUARD
Mardi 27 Octobre 20267
Une mise en scène futuriste
Violoniste à l’Opéra National de Paris depuis plus de 15 ans, le musicien franco-russe,Alexis, me fait découvrir son univers musical et professionnel.
Face à la Seine, la foule se presse malgré la pluie, devant le parvis du bâtiment moderne, de l’Opéra Bastille.
Le public discipliné et raffiné, s’apprête à découvrir le prologue de l’allégorie du premier volet de L’Anneau du Nibelung, L’Or du Rhin, écrit et composé par Richard Wagner. Sur le thème de la maîtrise de l’or et du monde, l’œuvre wagnérienne met en scène l’impitoyable combat entre les dieux et les nains pour garder le pouvoir. Avant de me rendre à l’Opéra Bastille, Alexis m’avait juste prévenue d’une chose : « Je ne t’en dirai pas plus, Estelle, mais cette version est très futuriste, voire déjantée ! »

Je vous partages mes impressions après avoir assisté à la répétition générale de l’Or du Rhin à l’Opéra Bastille, pour KissCity Mag !
Habituée des théâtres et des salles de concerts parisiennes, assister à un opéra est une nouvelle expérience pour moi. Je suis curieuse de découvrir la répétition générale du célèbre prologue issu de la tétralogie de Wagner, L’Or du Rhin. Je m’installe confortablement au premier balcon, siège 10 de l’allée K, après avoir siroté un white wine , histoire d’être détendue pendant les 2h30 de représentation.

Répétition générale du célèbre prologue issu de la tétralogie de Wagner, L’Or du Rhin
En contrebas, sur la scène, des images futuristes sont projetées sur grand écran et sur d’immenses bâches en plastique. Comme dans un jeu vidéo, des lignes pixellisées de couleurs vert fluo dansent devant nos yeux. Une sorte de super ordinateur quantique apparait, sublimé par les jeux de lumières, orchestrés par l’équipe du metteur en scène catalan, Calixto Bieito. Sarah Derendinger (à la vidéo) et Michel Bauer (aux lumières), réalisent de concert moult prouesses techniques, pour entraîner le spectateur dans un dédale de coffres-forts généré par une espèce de supercalculateur fou.
J’apprécie tout particulièrement la parfaite maîtrise des effets visuels pour représenter la matière brute de l’or, sublimée par des reflets aqueux et jeux de pixellisation.
Dans une sorte de décor quasi unique, le super microprocesseur entouré de grilles devient l’entrée de la magnifique citadelle et demeure céleste, le Walhalla, construite par les géants, Fasolt et Fafner, pour le maître des dieux, Wotan.
Vous l’aurez compris, si le texte de Wagner a bien été restitué dans son intégralité, la mise en scène de Calixto Bieito est furieusement avant-gardiste. La série d’effets spéciaux rend l’opéra plus immersif, visuel et moderne.
La sensation d’être englobée dans un univers parallèle et futuriste est particulièrement accentuée, grâce aux 90 musiciens dans la fosse, qui réalisent un véritable travail hallucinant de joaillerie.
90 Musiciens dans la fosse livrent un opéra de 2h30 pour faire revivre la saga wagnérienne de l’Anneau du Nibelung
La grande odyssée musicale de Wagner transformée
Sous l’impulsion de la baguette du chef d’orchestre espagnol, Pablo Heras-Casado, les cuivres, instruments à corde et à vent, participent à dépoussiérer Wagner en lui redonnant un second souffle musical.
Je ne peux être qu’émerveillée face à la précision du tuilage rythmique du magnifique prélude, aux détails des pupitres, et la texture de chaque instrument, qui contribuent à la magie de cet opéra architecturé de façon expérimentale.

Le super microprocesseur entouré de grilles, devient l’entrée de la magnifique citadelle et demeure céleste, le Walhalla, construite par les géants, Fasolt et Fafner, pour le maître des dieux, Wotan
En observant Alexis faire corps avec son instrument, le menton posé contre son Stradivarius, un sentiment de fierté me gagne, comme lorsqu’on est sur la ligne de départ avant un marathon. Ce marathon musical durera 2h30, et s’arrêtera sous les standing ovations d’un public conquis ! Devant cette symbiose parfaite mêlant images, jeu des acteurs et musique classique, je m’interroge : « À l’ère de l’IA, ces hommes et ces femmes virtuoses ,risquent-ils un jour d’être remplacés par des robots humanoïdes comme dans certains cafés de Tokyo ? »
Ces robots humanoïdes boostés à l’IA, seront-ils un jour, capables de nous faire vibrer, de nous émouvoir autant que lorsque je vois le visage d’Alexis transfiguré, heureux et concentré, sur le mouvement de son archet, frôlant l’écrin de son violon ?
À l’ère de l’IA, ces hommes et ces femmes virtuoses, risquent-ils un jour d’être remplacés par des robots humanoïdes comme dans certains cafés de Tokyo ?
De mon poste d’observation, parmi les spectateurs subjugués, je devine sa respiration concentrée contre son instrument de musique. Ses longues sessions d’entraînements inlassables pour atteindre la perfection, me font penser aux athlètes de haut niveau qui s’entraînent avec acharnement, pour conserver leur niveau d’excellence.
Ce soir, dans la fosse, 90 musiciens donnent la pleine mesure de leur art, comme s’ils étaient habités par une mission, une conscience professionnelle, et la fierté de faire partie de l’ancienne Académie royale de musique, créée en 1669. Je comprends d’autant mieux pourquoi les concours pour intégrer l’Opéra de Paris sont si difficiles !

Le metteur en scène catalan, Calixto Bieito, signe une mise en scène futuriste de l’Or du Rhin à l’Opéra Bastille
Bien que la mise en scène soit clairement futuriste, les textes chantés par les acteurs, eux, sont bien les originaux. Même si les géants Fasolt et Fafner sont transformés en entrepreneurs de la tech texane et chinoise, et que Wotan incarne un super-investisseur. Certaines personnes conservatrices du public sont bouleversées par les changements, et s’interrogent : « Comment vont être structurées les trois autres journées suivantes ? »

Emportée par la musique, je regarde le jeu des acteurs évoluant sur la scène de l’Opéra Bastille
Côté chants, impossible de rester insensible à la remarquable distribution vocale, sublimée par l’orchestre et les chœurs de la maison ! Je suis littéralement envoûtée par les chants des filles du Rhin (Margarita Polonskaya, Isabel Signoret et Katharina Magiera), de Froh (Matthew Cairns) et des géants (Kwangchul Youn et Mika Kares).
Alors que le timbre d’Iain Paterson (Wotan) paraît plutôt neutre, celui de Gerhard Siegel, jouant le pauvre Mime, étonne par sa présence et sa puissance. À travers le jeu des acteurs, les sentiments amoureux, les émotions et le thème si cher de Wagner, lié à la rédemption du héros grâce à l’amour, sont sublimés.
Les spectateurs apprécieront les nombreuses références inspirées de l’univers de la SF (science-fiction), comme Tron, Le Seigneur des Anneaux, Matrix ou encore Dune.

L’Or du Rhin rappelle la trilogie du Seigneur des Anneaux de Tolkien
À travers ce combat intemporel impitoyable entre les géants, les nains et les dieux, remis au goût du jour, pour conserver le pouvoir sur le monde que confère la possession d’or et de l’anneau magique, on découvre le texte intégral de Richard Wagner, qui est indémodable.
Contrairement à la mise en scène futuriste, cette allégorie du premier volet de L’Anneau du Nibelung nous fait prendre conscience de la dualité de l’homme, naviguant entre conquêtes matérielles et la quête de l’amour vrai.
Artiste révolutionnaire, Wilhem Richard Wagner écrivit dans le désordre sa future tétralogie du Ring des Nibelungen (L’Anneau du Nibelung) en 1848, commençant par la fin, La Mort de Siegfried, un grand opéra solitaire. Ce n’est qu’ensuite qu’il composa le contexte, grâce au prologue L’Or du Rhin et aux deux premières journées, La Walkyrie et Siegfried, qui apportèrent de la profondeur à l’œuvre globale, jouée pour la première fois en 1869.

L’artiste révolutionnaire, Wilhem Richard Wagner, fut compositeur, directeur de théâtre, écrivain et chef d’orchestre allemand pendant la période romantique
Animé par une seule pensée artistique théorique, Wagner croyait farouchement que «le statut d’œuvre totale ne pouvait être garanti que par des artistes à la fois poètes et musiciens».
Ainsi, l’opéra doit laisser la place au drame musical et le compositeur doit assumer un rôle sociétal en éduquant les masses à travers ses œuvres.
Cette excursion musicale dans l’univers de Richard Wagner vous confortera sûrement dans votre désir de vous élever spirituellement et artistiquement.
L’OR DU RHIN – FESTIVAL RING
De Richard Wagner
Mise en scène : Calixto Bieito
Direction musicale : Pablo Heras-Casado
Opéra Bastille
Place de la Bastille, Paris 12
Prix : à partir de 253 €
Dates : du 06/11/2026 au 15/11/2026 à 19h30
Durée : 2h30

